Un jardin-forêt, mais encore ? (première partie)

Un jardin-forêt, mais encore ? (première partie)

Au moment de définir notre projet et de lui donner une appellation, on a choisit le terme de « jardin-forêt ». C’est un vrai choix : ni anecdotique ni démagogique! D’ailleurs, on le trouve toujours approprié à notre conception du lieu.

Faut dire qu’aujourd’hui, la thématique est foisonnante. Entre techniques culturales et mouvements idéologiques, les initiatives sont nombreuses; toutes très inspirantes (et parfois clivantes)…
En qualité de novice, face à cet effervescence, c’est presque la déroute. Comment choisir une appellation sans s’enfermer dans une affiliation?

Et puis d’abord, c’est quoi un jardin et une forêt? On a bien des notions mais sont-elles objectives, conditionnées par l’histoire, les représentations collectives, les enjeux modernes ou révélatrices de notre ambition personnelle d’humain?

Parce que nous, on voudrait simplement expérimenter un système d’agriculture régénérative associant les arbres à une exploitation respectueuse des terres pour éventuellement émanciper l’homme en l’intégrant à son environnement.

On ne va pas réinventer l’eau tiède

Quand on a commencé notre exploration de la thématique, on s’est retrouvée face à de nombreuses dénominations. Déjà on peut dire jardin-forêt ou forêt-jardin (!!!). Mais aussi, on peut dire jardin-verger, forêt fruitière, forêt nourricière, forêt comestible, agroforêt, jardin agroforestier, jardin clairière, …
En gros, on pense que c’est la même chose, et que tous ces concepts s’inspirent d’un système agraire forestier ancien qu’on nommerait aujourd’hui en France agroforesterie.


Quelques notions :

« L’une des premières références aux jardins-forêts se trouve dans les cultures tropicales d’Asie du Sud-Est, où ce système de culture était pratiqué il y a plus de 10 000 ans (Mollison, 1991).
(…) En Europe, les jardins-forêts ont également une longue histoire, bien que moins documentée. Les celtes, par exemple, pratiquaient une forme de jardin-forêt appelée « aïr » en Irlande, consistant en une association d’arbres fruitiers et de plantes vivaces (O’Donovan, 2015). (…) » Jardin au Naturel (article ci-contre)

« En fait, l’utilisation de l’arbre en agriculture serait apparue au néolithique, comme l’affirme Patrick Mousset, ancien agent de l’ONF (…). À l’époque, les populations grandissantes se sont mises à pratiquer la technique de l’abattis-brûlis (…). »  Les sourciers (L’agroforesterie, ou l’art de réconcilier l’arbre et l’agriculture)

Et donc l’agroforesterie, c’est quoi?

À ce jour, la définition internationale de l’agroforesterie, tropicale et tempérée, proposée par World Agroforestry – ICRAF indique : « L’agroforesterie est un système dynamique de gestion des ressources naturelles qui intègre des arbres dans les exploitations agricoles et le paysage rural et permet ainsi de diversifier et maintenir la production afin d’améliorer les conditions sociales, économiques et environnementales de l’ensemble des utilisateurs de la terre » Agroforesterie, définition

Bien que le terme soit né à la fin des années 1970, la pratique n’est pas innovante. Par exemple en France, on peut citer les forêts paysannes, pré-vergers, bocages, haies, ripisylves, bosquets… Mais ces pratiques ont progressivement disparu, avec l’intensification et la mécanisation.

Comme le rappelle Ramachandran Nair, associer les arbres et les cultures agricoles était la norme en Europe jusqu’au Moyen Âge et c’est aussi une pratique traditionnelle en Amérique centrale ou en Asie. » De la science au dictionnaire, la longue marche de l’agroforesterie

Car : oui, ce système de polyculture (communautaire) est toujours pratiqué dans les régions tropicales. De nombreuses études mettent en avant l’efficacité de ces modèles démontrant les services écosystémiques générés par ces méthodes régénératives.

Sur le papier, c’est bien sympa… Mais il nous faut un peu plus de poésie pour imaginer l’homme (donc, nous : être humain lambda) vivre en harmonie avec le tout. Aussi, revenons à notre histoire de jardin-forêt en l’explorant de manière plus basique…

Des définitions personnelles

On caractérise la forêt comme l’organisation naturelle d’un écosystème (résilient et auto-suffisant) et le jardin comme un aménagement humain de la nature (production et anthropisation).

Mais on ne veut pas résumer le jardin à une nature domestiquée d’utilité ou d’agrément. Car (pendant que la terre se privatise) il reste un espace permettant de relier l’homme à son environnement en pratiquant une écologie pluridisciplinaire.

Et pour la forêt, l’hypothèse que l’Homme puisse en être le créateur paraît antinomique. Même si le process est inspirant, il serait limitant de croire qu’il suffit d’imiter la stratification végétale pour créer tout un écosystème. Sérieux!!! Si on veut une forêt, il faut laisser faire la nature.

Alors… le jardin, la forêt… nous, on aime bien les deux et on pense qu’il pourrait être complémentaire.

Parce que la forêt, c’est de la diversité, visible et invisible. C’est élémentaire : terre, eau et air. C’est sauvage, ni agricole, ni urbain. C’est mystique, mystérieux et féerique. Et surtout, c’est ressourçant : vivant et nourricier par essence !

Parce que le jardin, c’est une possibilité : d’être pollinisateur et vecteur de dispersion. C’est une sensation : d’être vivant et d’être ailleurs. C’est une réflexion : pragmatique et émotionnelle. Et surtout, c’est concret : vulnérable et éphémère par nature !

La suite à suivre (…)