S’armer de patience

S’armer de patience

Article spécial sur le chantier « remplissage de l’espace aquatique » : parce qu’il le vaut bien!
Pour rappel, on veut acheminer le goutte à goutte d’une eau de surface (la source) vers un réservoir naturel. La mise en place du système est un vrai casse-tête. Chaque fois qu’on modifie une pièce pour améliorer « le mécanisme », il se grippe et il faut retrouver l’équilibre entre les forces et les pressions. Ajoutons que les raccords, c’est pas notre fort! On a du mal à trouver les pièces adéquates pour étanchéifier l’ensemble, ce qui est juste essentiel à son fonctionnement. Et vu le maigre volume transporté, on est à la goutte près! On avance donc à très petit pas…

La goutte qui fait déborder le vase

On a fait un petit schéma pour appréhender l’acheminement de l’eau. Il se divise en deux parties : la captation puis le captage et l’écoulement.

Comme on le disait en introduction, dès qu’on change une pièce, le système s’enraye. Que ce soit en amont, où chaque oscillation contrarie le rythme du goutte à goutte, ou en aval où l’on perd l’amorçage du tuyau. Voilà donc un mois qu’on s’évertue à stabiliser et améliorer le déversement de l’eau.

De la captation au collecteur, on attache le tube PVC à un câble métallique fixé à deux poteaux, enfoncés dans le sol au niveau de la crue. On a découvert une petite astuce pour percer des trous dans les poteaux : asperger régulièrement le point de contact avec du lubrifiant pour ne pas chauffer la mèche.

Du collecteur à l’arrivée, il faut stabiliser le dispositif de vases communicants avec ces 2 contraintes : trouver le niveau le débordement et conserver l’amorçage du tuyau.

De plus, on aimerait que l’eau arrive dans un contenant protégé du soleil et au niveau pratiquement le plus haut de l’espace aquatique avant de se déverser.
Il faut donc creuser un trou (d’une cinquante de cm) et une rigole.

On s’attelle ensuite à la conception de notre contenant. Puisque ce dispositif est temporaire, la version alpha sera conçue avec ce qu’on trouve sous la main, même si on achète quelques raccords…
On utilise un tube PVC comme contenant. À l’intérieur, on dispose un tuyau qui remplace le bidon (vase B). C’est lui qui permet l’équilibre du niveau et le débordement de l’eau qui coule dans le tube puis ressort quelques centimètres plus haut.

On ajoute des valves d’arrêt à l’entrée et à la sortie du tuyau. Ça nous permet de conserver l’amorçage lors de nos manipulations.

Tiens! Une petite pluie vient nous dire bonjour… Bien-sûr, avec le soleil et la chaleur, l’eau s’est vite dissipée. Mais on notera que l’espace s’est facilement remplit au vue des faibles précipitations.

On met en place le contenant. On cale des tuiles autour du trou pour bloquer le tube et limiter l’érosion de la terre. On pose également une poubelle en guise de parapluie. Avec ces éléments, le tube ne devrait pas flotter (ou remonter). Puis on pose des cailloux dans la rigole pour fixer le tuyau de sortie et on couvre le tout de tuiles.

Concernant le collecteur, on conserve le bidon comme vase A des vases communicants. On le raccorde à la sortie du collecteur à l’aide d’un tuyau souple spiralé Ø 20 mm. Ce dispositif nous permet de fermer hermétiquement le bidon et de le sortir facilement quand on souhaite intervenir sur les pressions (de l’eau et atmosphérique).

Bon, ça y est ! Le système est fonctionnel bien qu’améliorable. On a galéré pour le mettre en oeuvre. D’ailleurs, on y a passé une cartouche de mastic (oui, c’est pas terrible, mais on n’a pas trouvé mieux).

Malheureusement, on termine sur une mauvaise nouvelle. La sécheresse semble s’aggraver et met fin temporairement à l’expérience. Pour rappel, cela fait 2 mois que cette eau de surface est accessible. Au bout d’un mois on a perdu une partie du goutte à goutte (la goutte qui suintait en amont en trou).
Et là, alors que les températures s’atténuent, que la durée d’ensoleillement diminue, que les travaux agricoles reprennent, que les herbes repoussent,… le niveau de l’eau baisse soudainement et on perd 2cm, comme ça, du jour au lendemain!?

Le jour suivant, encore une diminution de 3cm, mais étrangement une pomme est posée à côté. Forcément on pense à une offrande pour attirer les grâces du ciel…

Eh ben non, le troisième jour, toujours pas de pluie et le niveau reste aussi bas que la veille. Le tube collecteur, qui effleurait jusqu’alors l’eau, flotte dans le vide. On est dégoûté mais le niveau semble se maintenir et l’eau ne pas se tarir. C’est qu’on a certainement trouvé le niveau d’étiage…

D’une goutte née l’eau de vie…

Bon, sinon, on est quand même intrigué par cette pomme. D’ailleurs, une odeur de fermentation semble nous envelopper…

On lève les yeux et on découvre 5m plus haut et à une dizaine de mètre de là, un énorme pommier. Heureusement qu’on a plus de nez que de vue!

Les fruits sont bons bien que déjà colonisés par des frelons. C’est une belle surprise, mais ça ne compense pas les effets de la sécheresse.

Certes, le cours d’eau est toujours en activité (en photo: son passage en bas de la source), pourtant et depuis la dernière pluie, le flux paraît ralentir. Même que les libellules ont pris leur retraite (un mois plus tôt). À l’inverse des moustiques qui s’éveillent particulièrement vénères!

Pour la postérité, on a pris le cours d’eau en photo, en amont, à l’endroit du pont. Il ne nous semble pas que le niveau soit plus bas que les autres étés.

Concernant les autres sources, celle située en contre-bas est toujours remplie. À l’inverse des 2 autres, qui ne sont plus accessibles bien que la terre soit boueuse.

Une goutte d’eau dans l’océan

Bien qu’il ne s’agisse que de quelques gouttes, on s’est demandé si notre expérience (qui se veut transitoire) était conforme aux réglementations. Puisqu’il s’agit d’eau de surface, qu’aucun ouvrage n’est bâti et que « le prélèvement » estimé est considéré comme un usage domestique, tout semble ok.

Du côté des restrictions en situation de vigilance (canicule, sécheresse & Cie), applicables aux particuliers, elles concernent principalement l’arrosage, le lavage, le nettoyage et le loisirs. En gros, des mesures qui nous semblent cohérentes sur l’usage mais tellement insignifiantes sur l’utilisation de cette ressource.

Par exemple, si on prend en compte la consommation involontaire de l’eau potable, ne serait-ce que par son acheminement : « En Franche, 20% de l’eau potable est perdue à cause de fuites dans les systèmes de distribution (2020-INRAE) ». Ne faudrait-il pas plutôt moderniser ce dispositif et, soyons fou, y inclure un système d’eaux grises pour vraiment économiser l’eau courante?

Mais revenons à notre goutte à goutte, qui goutte moins qu’un robinet qui fuit à raison d’une goutte par seconde (soit 4l/h ou 100l/jour) puisqu’estimé à 3l/h (soit une dizaine d’arrosoir par jour). Le but de cette expérience est de savoir si ces quelques gouttes peuvent influer l’écosystème. Et forcément, on pense au colibri…

Passer entre les gouttes

Quelques jours après la petite pluie, la météo nous annonce des orages. Chouette! C’est le bon moment pour débroussailler la zone sauvage et le tour de l’espace aquatique. On coupe assez haut pour stimuler la repousse. Mais, comme d’hab’, la pluie s’est déchaînée ailleurs.

Malgré tout, une semaine plus tard, ça reverdit. Ci-dessous : photos avant-après.

En off, on revient sur la réfection du bar à la terrasse d’été…

…parce qu’encore une fois, c’est pas droit (comme nous le montre la dernière pluie).
Aussi on repose une couche de lait de chaux additionnée de sable.

Comme deux gouttes d’eau

Ça y est! On déclare la saison bouturage ouverte! C’est un peu tôt pour certains sujets, mais on ne veut pas rester dépité face aux dégâts de la sécheresse. Alors il faut passer à l’action : multiplier pour diversifier.
On commence par bouturer ce qui n’a pas cramé sur le terrain : ragouminier, lespedeza, eleagnus, eleagnus baie, arbousier, ajonc, genêt. Puis, au tunnel des grimpants, on récolte : vigne vierge rouge du Japon, bignone à vrille bicolore, mûres sans épines, akebie. Au labyrinthe : hysope, hélichryse, lavande, santoline, consoude, fraises. Dans la haie (Jean-Luc) : escallonia, abélia, chèvrefeuille des haies, photinia, baie de goji, spirée, mahonia, cotonéaster, genêt, pyracantha.
On glane encore de-ci, de-là : sauge ananas, oranger du Mexique, aubuca (Merci Gilles!), romarin à calice velu, forsythia nain, chèvrefeuille jardin, cerisier yoshimo (en chemin) et lilas d’été, savonnier, clématite (Merci Sylvain!).

Mince, la Pépibouturière commence à déborder et on manque de pots. Il faut faire de la place et comme ne pense pas planter avant une dizaine de jours, on récupère les contenants des boutures échouées du verger abandonné : une trentaine de pots soit la moitié des essais.

On terminera sur des champignons! Les bois sont à gaver de bolets, mais malheureusement pas vraiment comestibles, pff… Par contre, la dernière pluie nous a amené 5 shiitakés. On est rassuré car on craignait que les branches se soient totalement desséchées.